Résidence au cottage Heinrich Böll.

Anne-Sylvie Hubert

2015

 

J’ai été invitée pour le passage de l’année 2014-2015 à cette résidence, isolée de tout dans une île du nord-ouest de l’Irlande, là où le dernier rayon de soleil de l’année frappe les côtes irlandaises et paraît-il européennes.

Quelle ne fût pas ma surprise quand je reçus cette invitation en plein cœur de l’hiver, là où les jours sont les plus courts, et la nuit omniprésente, certains jours. Pour une visuelle cela annonçait un changement radical d’attitude. Temps d’arrêt, temps autre, une période de15 jours, une parenthèse prolongée.

J’avais  bâti un projet sur la question de la représentation : images imaginées du lieu, images in situ, images mémoires de cette expérience.

 

Évidemment rien ne se passa tel que je l’avais prévu.

 

La maison de Heinrich Böll était blottie entre deux collines d’herbes rousses et de tourbes, la route descendait à la mer.

Elle était d’un confort simple, chaleureux, très habitée par une concentration, du silence, et la présence d’Heinrich Böll y planait très discrètement; elle avait 3 ateliers dont deux d’écriture et un artistique.

 

Que faire puisque mon projet ne pouvait pas se dérouler  ?

 

Les journées et le temps existaient, j’étais coupée du monde, des informations, d’internet, de la radio, du téléphone, loin des êtres mais proche des moutons.

 

Je ne pouvais travailler dehors tant le vent était fort. Les changements de lumière transformaient continuellement ce paysage environnant, le son du vent habitait ce lieu et les rares moments d’arrêt, de silence m’inquiétaient, déflagration, béance, attente.

 

Que faire ?

Ce fut  un temps étendu, distendu où la lecture, l’écriture et la peinture se conjuguèrent dans une frénésie continue, consciente de vivre pleinement cette complétude.

Je tâtonnais, sans savoir ; quelques croquis de paysages, non cela ne m’intéressait pas plus que cela… Qu’est-ce qui m’imprégnait alors ?

Silence, ratage, énervement… accepter, laisser, reprendre les outils… laisser advenir.

Ce fut le son, sonorité, musique ou vacarme du vent, le mouvement du vent et de la  lumière qui furent  les déclencheurs de 5 carnets travaillés parallèlement.

 

J’effectuais un lâcher complet et pourtant en lien avec le contexte ;

Un lâcher prise et une parenthèse dans mon travail d’artiste, une expérimentation sans retenue, sans précédent, plus instinctive et petit à petit une réintérrogation de tous les outils du peintre : mouvements, couleurs, inscription dans le format.

 

Aujourd’hui Olivier Nouvellet a choisi d’en extraire quelques pages pour cette exposition éphémère.

Je suis heureuse de faire revenir ce petit laboratoire et de le partager avec vous. Le «destin d’une tasse sans anse» titre d’une nouvelle de Heinrich Böll.

Elle est épuisée, je n’ai pu la lire, si vous l’aviez chez vous pourriez-vous me la prêter ?