Mur de confinement 2020

EVENT

Les Jours se suivent et ne se ressemblent pas.
Du 11/03 au 22/05


Surprise en Aveyron par le confinement, je vécus une expérience imprévue et contradictoire à
celle que j’aurais pu vivre à Paris.
Je résidais chez mon compagnon dans une maison isolée, dominant un vaste paysage. Celui-ci travaillant
dans le soin, je me trouvais fréquemment seule le jour et en soirée. Mes journées très pleines alternaient
entre les travaux d’extérieur et le travail en atelier. Dès le matin je filais nourrir les poules, brebis et ânes, je
jetais un oeil au potager, avant de passer de longues heures en atelier et de boucler la journée par les même
gestes que le matin. Ici le confinement était très respecté. Les quelques habitants distancés les uns des autres
ne sortaient plus de chez eux, le travail dans les champs semblait immobilisé. La torpeur humaine se mêlait
à la polyphonie des chants d’oiseaux et du vent. Le climat printanier à 800 m d’altitude fut à la hauteur de sa
réputation, passant de la neige au soleil , des grands vents froids de la Tramontane et du vent d’Antan à la
douceur annonçant l’été.


Je travaille dans deux ateliers, selon les saisons. L’un est blanc et enveloppant, l’autre de bois
et de pierres est ouvert sur la nature. Je commençais assez vite un travail de peinture quotidien, les nouvelles
de la pandémie me déstabilisant. Je ne me donnais aucun objectif pictural, n’élaborais aucun processus, je
souhaitais seulement faire revenir le désir de peindre et être dans la peinture. Je n’arrivais plus à poursuivre
mon travail en cours « plié, déplié » sur de grandes toiles libres.
Chaque jour je lisais un texte de fond envoyé par les amis, j’observais le déploiement des plantes, écoutais le
son de la nature. Je construisais le Silence.
J’avais peu de matériel. Dans mes réserves, je trouvais un grand rouleau de papier, quelques pigments, les
oeufs du poulailler pour explorer la technique de la « tempéra », et de quoi dessiner. Chaque jour je
découpais et préparais un grand format, je broyais les couleurs à la demande d’une tension que je ressentais
et imaginais. Je libérais le mur de mon atelier du travail de la veille, et commençais par enduire de blanc le
papier agrafé au mur, chassant le mental et disposée à accepter ce qui adviendrait. Je me formulais l’idée que
j’allais peindre mais que ces peintures ne seraient peut-être pas montrables ou à montrer. Je peindrais sans
retenue, sans image préalable, pleinement dans le présent et la matière de la peinture.
Jour après jour je déroulais instinctivement et librement ce travail d’atelier, alternant dessins et
peintures, m’autorisant instabilité et excès. A mon insu, j’étais traversée par des réflexions sur la Peinture,
prise en étau entre les informations mortifères des crises très préoccupantes et la force de vie du printemps.
Le corps envahi par ce combat des extrêmes je lâchais et retrouvais la peinture dans ce présent de l’atelier.
Jour après jour je plaçais les réalisations les unes à côté des autres, sur le grand mur en bois de
mon atelier d’été. Le mur devenant trop petit, je les superposais et les intercalais, laissant apparaitre en
partie celles du dessous. Aller-retours entre la réalisation et le dépôt. J’inscrivais de façon très lisible sur
chacune 4 chiffres à la craie blanche ou au fusain, date d’achèvement de la peinture. Je transformais alors la
perception de chacune en une constellation stratifiée rendant invisible ce qui était leur singularité.


Deux mois plus tard, le mur de l’atelier était recouvert. Il existait en soi. Organisant mon retour
sur Paris, je décidais d’emmener ce travail. Au moment du démontage, je perçus ce que j’avais mis en place:
une incarnation des traversées de cette période. Elle avait pris la forme d une installation qui prenait tout son
sens: « le mur de confinement ».
Dans mon atelier parisien, je remontai le mural.

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